Chronique du 11 février 2010
Étant donné mon implication active dans la communauté, j’ai été invité à vous présenter cette chronique mensuelle. Il s’agit là d’un très grand privilège que j’accepte avec enthousiasme et que je tâcherai d’acquitter au meilleur de mes habiletés. Bien-entendu, je me ferais un devoir de conserver la franchise qui me caractérise. Les commentaires que j’émettrais n’engagent évidemment que moi.
De quoi vais-je parler? De tout et de rien. En fait, j’ai l’intention d’utiliser cette tribune afin de vous entretenir de ce qui se vit dans l’arrondissement, tout particulièrement dans le quartier Centre-Sud, et des actions entreprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
Pour vous situer rapidement, le quartier Centre-Sud est, statistiquement parlant, l’un des milieux les plus défavorisés au Canada. Et oui, j’ai bien dit au Canada. Cela vous jette à terre n’est-ce pas? Moi aussi.
Je dis bien statistiquement parlant, car dans les faits, c’est un endroit d’un paradoxe perpétuel plongé dans un combat sans fin. De jour, le quartier déborde d’activité. Il est collé au centre-ville. Son multiculturalisme saute aux yeux. On rencontre de jeunes familles à tous les coins de rue. Son architecture fait le charme de plusieurs nouveaux arrivants, particulièrement les Français. Sans oublier que c’est la Mecque du Bed & Breakfast. Bref, de jour, on dirait que c’est un quartier identique à d’autres, je dirais même plus intéressant que d’autres.
De nuit, les choses se gâtent. Drogues et prostitution prennent la relève et le quartier semble tomber dans les ténèbres. Tel est le paradoxe et le combat perpétuel. Le jour contre la nuit. La splendeur versus la désolation. Et tranquillement, le quartier se vide de son avenir, les enfants.
Que pouvons-nous faire? Bien des choses. Et il s’en fait des choses au Centre-Sud. De très belles choses. Il existe d’innombrables ressources ainsi que des installations exceptionnelles qui font l’envie de plusieurs. On n’a qu’à penser au Projet TRIP, au CRIC, au Bon Dieu dans la rue, à Oxy-Jeunes, sans oublier bien-sûr l’ASCCS, pour ne nommer que ceux-là.
Il se fait aussi des absurdités sans communes mesures. Par exemple, connaissez-vous la solution à la drogue et à la prostitution sur la rue de la Visitation? Après deux ans de consultations, de concertations, de réflexions et j’en passe, on a décidé de changer le sens de la rue. Et oui, en changeant le sens de la rue de Nord-Sud à Sud-Nord, l’administration publique a tout réglé. Vite! Appliquons la solution à tout Montréal. Changeons le sens de toutes les rues pour que drogues et prostitution disparaissent. Enfin…
Je me dois, quand même, de terminer sur une note positive. Je vous cite un père d’une famille de cinq enfants, qui un jour me confia de son accent du Moyen-Orient: « Tu sais José, à cause des mauvaises choses dans le quartier, j’ai envie de déménager. Mais tu sais José, je ne trouverais jamais des gens comme vous ailleurs à Montréal. Mes enfants sont chanceux d’avoir accès à autant de choses ». Tel est le paradoxe, n’est-ce pas?
